Un lecteur m'a écrit la semaine dernière, franchement agacé : « J'ai mis un lien vers mon propre site dans un commentaire de blog, il est en nofollow, donc il ne sert à rien, c'est ça ? » Il avait tort sur toute la ligne, et sa question m'a rappelé pourquoi cette histoire d'attributs rend fous tant de gens qui débutent en référencement.
La différence entre un lien nofollow et un lien dofollow tient à une poignée de caractères dans le code HTML. Mais les conséquences, elles, sont loin d'être anodines : ce que Google fait d'un lien a changé au moins deux fois depuis que l'attribut existe, et beaucoup d'articles que vous croiserez racontent encore la règle d'il y a dix ans. Voilà le vrai sujet.
Points clés à retenir
- Par défaut, un lien est dofollow : aucun attribut à écrire, l'autorité circule.
- rel="nofollow" demande à Google de ne pas suivre le lien pour le calcul du PageRank.
- Depuis 2019, Google traite nofollow comme un indice, plus comme un ordre absolu.
- Trois attributs coexistent désormais :
sponsored,ugcetnofollow. - Un lien nofollow n'est pas « inutile » : il peut amener du trafic et de la visibilité.
- Le maillage interne de votre site n'a aucune raison d'être en nofollow.
Dofollow vs nofollow : la différence en une phrase
Un lien dofollow transmet de l'autorité à la page qu'il pointe. Un lien nofollow, non.
C'est tout. Le reste, c'est de la mécanique.
Ce que veut dire « dofollow » (et pourquoi vous ne le verrez jamais dans le code)
Dofollow n'est pas un attribut. Il n'existe aucun rel="dofollow" valide. Un lien est dofollow parce qu'il n'a rien de spécial : la balise <a href="..."> par défaut, sans rel. C'est le comportement natif du web, celui que Tim Berners-Lee avait en tête quand il a inventé le lien hypertexte : une page qui en cite une autre lui passe un peu de son poids.
Google a repris cette logique avec le PageRank. Chaque lien entrant compte comme un vote, pondéré par l'autorité de la page qui vote. Plus vous recevez de liens dofollow de sites solides, plus votre propre autorité grimpe. Ce n'est pas la seule variable du classement, très loin de là, mais c'est le carburant historique du référencement.
Ce que fait réellement l'attribut nofollow
Ajoutez rel="nofollow" dans la balise et vous signalez à Google : « Ne compte pas ce lien dans le calcul de l'autorité de la page cible. » Concrètement, le lien reste cliquable pour l'internaute. Il reste visible. Il peut même envoyer du trafic. Simplement, il ne transmet pas de jus SEO.
L'attribut a été créé pour une raison très pragmatique : à l'époque, les spammers inondaient les commentaires de blogs et les forums de liens vers leurs sites. Le nofollow devait couper l'herbe sous le pied de ces fermes de liens. Le principe fonctionne encore, même si le spam a trouvé d'autres chemins depuis.
Le virage de 2019 que la moitié des articles ignorent
Voilà où je veux en venir, parce que c'est là que la majorité des tutos que j'ai lus se trompent.
Pendant des années, nofollow était une directive : Google ne suivait pas le lien, point final. Puis l'entreprise a annoncé, en 2019, un changement de traitement. Le nofollow est devenu un indice (un « hint » dans leur vocabulaire). Traduction : Google peut décider de suivre le lien malgré l'attribut, selon le contexte, s'il estime que le lien est légitime et utile.
Je me souviens avoir lu l'annonce en me disant « bon, ça ne change rien pour moi ». Erreur. Sur un projet client, on avait balancé du nofollow partout par réflexe de prudence, y compris sur des liens éditoriaux mérités. On a revu la copie six mois plus tard. Rien de spectaculaire côté classement (je n'ai jamais vu de bond miraculeux), mais la visibilité dans les résultats s'est nettement améliorée sur deux pages. Le nofollow systématique nous coûtait plus qu'il ne nous protégeait.
Sponsored, ugc, nofollow : les trois attributs à connaître
La même annonce a introduit deux nouveaux attributs pour affiner le signal :
rel="sponsored"— pour les liens payants, partenariats rémunérés, articles sponsorisés.rel="ugc"— pour le contenu généré par les utilisateurs (commentaires, avis, contributions).rel="nofollow"— reste valable pour tout le reste, notamment quand vous ne contrôlez pas la nature du lien.
Détail amusant : pour Google, ces trois attributs sont traités exactement de la même manière. Ils servent surtout à vous, à qualifier votre intention. C'est le genre de nuance qui fait lever les yeux au ciel d'un développeur, mais qui a son intérêt quand on doit justifier une décision en audit.
| Attribut | Usage typique | Transmet l'autorité ? | Suivi par Google ? |
|---|---|---|---|
| Aucun (dofollow) | Lien éditorial, maillage interne | Oui | Oui |
rel="nofollow" | Lien douteux, contenu non vérifié | Non (en principe) | Parfois (indice) |
rel="sponsored" | Lien payant, affiliation déclarée | Non | Parfois (indice) |
rel="ugc" | Commentaires, avis utilisateurs | Non | Parfois (indice) |
Quand mettre un lien en nofollow (et quand s'abstenir)
La règle que j'applique, et je l'assume : mettez du nofollow quand vous ne répondez pas de la destination.
Les cas où le nofollow est légitime
- Un lien d'affiliation non déclaré autrement :
sponsoredest d'ailleurs plus propre. - Un commentaire d'internaute que vous publiez sans vérifier son contenu.
- Un lien vers un site que vous jugez potentiellement douteux, mais que vous voulez citer par honnêteté.
- Une ressource externe en laquelle vous n'avez pas confiance à 100 %.
Les erreurs que je vois le plus souvent (j'en ai commises)
La première, c'est de mettre du nofollow sur son propre maillage interne. Ça n'a aucun sens. Vos pages se parlent, elles doivent se transmettre de l'autorité. J'ai vu un site où toutes les pages catégories étaient en nofollow « pour ne pas diluer le jus ». Résultat : une structure complètement plate, aucune hiérarchie, et des pages profondes invisibles. On a mis trois semaines à rattraper le coup après correction.
La deuxième : croire qu'un lien nofollow est un lien mort. Faux. J'ai un article qui reçoit un lien nofollow depuis un forum assez fréquenté. Il ne m'apporte aucun PageRank, mais il m'envoie environ 40 visites par mois depuis des années. Sur un blog modeste, ce n'est pas rien.
La troisième, plus sournoise : mettre du nofollow sur les liens sortants vers des sources de qualité. Si vous citez un rapport officiel ou un article de référence, laissez-le en dofollow. La transparence paie, et Google le voit.
Les questions qu'on me pose vraiment
Est-ce qu'un lien nofollow nuit au classement ?
Non. Absolument pas. Un lien nofollow ne pénalise pas la page cible. Il ne fait qu'omettre le transfert d'autorité. À l'inverse, un lien dofollow vers un site de mauvaise qualité peut, dans certains cas, vous coûter cher. La prudence va dans les deux sens.
Google ignore-t-il vraiment les liens nofollow ?
Plus totalement, non. Depuis le changement de traitement de 2019, le nofollow est un indice. Google peut le suivre s'il l'estime pertinent. Dans la pratique, pour un lien vraiment spammy, l'entreprise l'ignore probablement. Pour un lien éditorial de qualité malencontreusement passé en nofollow, elle peut le prendre en compte. Ce n'est plus un interrupteur binaire, c'est une nuance.
Comment savoir si un lien est dofollow ou nofollow ?
Trois méthodes, de la plus rapide à la plus fiable :
- Faites un clic droit sur le lien, « Inspecter » (ou « Examiner l'élément »), et regardez la balise
<a>dans le code. - Installez une extension navigateur dédiée qui colore les liens selon leur type.
- Ouvrez le code source de la page (Ctrl+U) et cherchez
rel=.
Pour un audit complet d'un site, un crawler type Screaming Frog reste le plus efficace : il liste tous les liens sortants et leur attribut en une passe. C'est ce que j'utilise sur chaque nouveau projet, et ça m'a évité bien des surprises.
Faut-il mettre tous les liens sortants en nofollow ?
Non, et cette croyance a la vie dure. Le vieux mythe du « jus qui fuit » a été démenti depuis longtemps : un lien sortant de qualité n'appauvrit pas votre page, il la crédibilise. Mettez du nofollow sur les liens que vous ne contrôlez pas, pas sur ceux qui vous honorent.
Ce qui reste quand on a compris la nuance
La différence entre nofollow et dofollow n'est pas un réglage technique qu'on pose une fois pour toutes. C'est un choix éditorial, page après page. Chaque lien que vous ajoutez est une petite déclaration d'intention : « je réponds de cette source » ou « je la cite sans me porter garant ».
Et c'est peut-être ça, l'angle que personne ne met en avant : l'attribut n'est pas un outil SEO, c'est un outil de confiance. Google ne vous demande pas de choisir entre deux options pour optimiser un score. Il vous demande de lui dire, honnêtement, ce que vaut ce lien.
La prochaine fois que vous hésiterez, posez-vous une seule question : si un lecteur cliquait sur ce lien, serais-je fier de l'avoir mis là ? Si la réponse est oui, laissez-le en dofollow. Si vous hésitez, protégez-vous.